Göttingen (1964)

Chanson incontournable du répertoire de Barbara, je dois mon nom et ma naissance, en 1964, à une ville allemande universitaire de Basse-Saxe : Göttingen.

Cette année-là, Barbara est invitée par l’un de ses fans, Hans-Gunther Klein, directeur du Junges Theater de Göttingen à se produire sur place. De famille juive et hantée par le souvenir des persécutions de son enfance, qui l’obligeaient à se cacher pour échapper à la déportation, Barbara refuse d’abord l’invitation. Le lendemain, elle se ravise puis finit par accepter en posant toutefois une condition : disposer d’un piano à queue afin de voir son public.

Le 4 juillet 1964, Barbara se rend donc sans grand enthousiasme à Göttingen et découvre à son arrivée… un piano droit ! Inflexible, elle refuse catégoriquement de jouer. Alors que Hans-Gunther Klein peine à trouver une solution, les déménageurs de piano de la ville étant en grève, une dizaine d’étudiants décident de se mobiliser. Ils partent à la recherche d’un piano à queue dans la ville, qu’ils finissent par trouver chez la mère d’un de leurs camarades.

Avec deux heures de retard, le concert peut enfin avoir lieu. Mais l’incident est vite oublié : Barbara se produit pendant deux heures face à un public conquis : la chanteuse est ovationnée. Touchée par cet accueil, Barbara décide de prolonger son séjour et ses représentations d’une semaine et part, dès le lendemain, à la découverte de la ville de Göttingen en compagnie des étudiants.

C’est le dernier jour qu’elle donnera vie à mon texte, écrit d’un trait dans le petit jardin jouxtant le théâtre. La musique est encore inachevée mais Barbara décide d’offrir cette chanson au spectateurs de Göttingen pour sa dernière représentation. Le soir, elle chante et lit mes paroles au public allemand, parvenant à faire rimer Hans avec France, un an seulement après le traité de l’Élysée signant la réconciliation franco-allemande…

C’est dans le petit jardin contigu au théâtre que j’ai gribouillé ‘Göttingen’, le dernier midi de mon séjour. Le dernier soir, tout en m’excusant, j’en ai lu et chanté les paroles sur une musique inachevée. J’ai terminé cette chanson à Paris. Je dois donc cette chanson à l’insistance têtue de Gunther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen, à un profond désir de réconciliation, mais non d’oubli (Il était un piano noir: Mémoires interrompus, Fayard, 1988).

Achevée à Paris et enregistrée en 1964 sur l’album Le Mal de vivre, je deviens un hymne à la réconciliation définitive avec les « blonds enfants de Göttingen » et un vibrant hommage aux enfants morts pendant la seconde guerre mondiale :

Adaptée et enregistrée en allemand en 1967 (album Barbara singt Barbara), je serai de nouveau chantée sur la scène de Göttingen, le 4 octobre 1967.

En 2002, cinq après la mort de Barabra, Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement scolaire, m’inscrit aux programmes officiels des classes de l’école primaire. La même année, la ville de Göttingen rend hommage à mon interprète en lui offrant une Barbarastraße (rue Barbara) dans le quartier de Geismar.

> Regardez également l’émission Karambolage (Arte) du 10.11.2013, Nikola Obermann revient sur mon histoire (à partir de la 6e minute)  :

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