Les feuilles mortes (1949)

Écrite en 1945,  ma route vers le succès fut longue et compliquée avant que mon plus grand interprète, Yves Montand, ne parvienne à m’imposer auprès du public… Sans véritables couplets ni refrain, j’ai pourtant fait le tour du monde, chantée dans toutes les langues et adaptées à tous les styles !

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes,
Des jours heureux où nous étions amis,
Dans ce temps là, la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Tu vois je n’ai pas oublié
(…) Tu vois, je n’ai pas oublié,
La chanson que tu me chantais… »
C’est une chanson, qui nous ressemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.

• Je suis née d’un thème instrumental, composée par Joseph Kosma pour Le Rendez-vous (1945), un ballet de Roland Petit adapté au cinéma par Marcel Carné sous le titre Les Portes de la nuit. Pour le film, je deviens une chanson : Jacques Prévert m’offre sa poésie et le film, sorti en 1946, ma première vie. Marcel Carné voulait faire de moi le générique du film, mais seul mon refrain sera finalement fredonné sur les dernières images, par Yves Montand et Nathalie Nattier (doublée, pour l’anecdote, par Irène Joachim, la grande Mélisande de l’Opéra-Comique)… Je ne fus donc même pas remarquée dans Les Portes de la nuit, qui fut d’ailleurs un échec commercial.

• Autre confidence : si je dois énormément à Yves Montand, il me faut rétablir la vérité sur mes premiers interprètes. C’est tout d’abord Jean Gabin, pressenti avec Marlène Dietrich pour les rôles principaux du film, qui a eu la primeur de me fredonner un soir de 1945 au restaurant du Vieux-Pont-Neuf où s’étaient réunis Prévert, Carné, Brassaï, Trauner et Kosma. Au cours de l’apéritif, Joseph Kosma se mit au piano et commença à chantonner : « Oh, je voudrais tant que tu te souviennes… « . Immédiatement emballé, Gabin demanda au musicien de rejouer ma rengaine une dizaine de fois ! Mais sa séparation avec Marlène Dietrich mit un terme au projet…

C’est ensuite Cora Vaucaire qui, en 1946, enregistre pour la première fois la chanson, suivie de Jacques Douai en 1947. De son côté, à l’issue du film, Yves Montand m’inscrit à chacun de ses tours de chant : j’ai beau être à l’affiche de tous ses spectacles, le public n’est pas convaincu…

• Mon destin bascule en 1949 ! Johnny Mercer, parolier de Franck Sinatra, traduit mes paroles en anglais : Autumn Leaves connaît un succès immédiat et devient un standard mondial du jazz repris par les plus grands : Eric Clapton, Frank Sinatra, Tony Bennett, Barbra Streisand, Duke Ellington, Miles Davis, Bill Evans, Keith Jarrett, Nat King Cole, Stéphane Grappelli ou bien Chet Baker… Je deviens un tube et fais le tour du monde ! Malgré cela, Yves Montand refuse de m’interpréter en anglais et persiste : il m’enregistre en studio pour la première fois en 1949 et le succès est enfin au rendez-vous.

• J’ai fait l’objet de plus de 600 interprétations différentes, reprise par de très nombreux interprètes français : Édith Piaf, Charles Aznavour, Juliette Gréco, Marcel Mouloudji, Eddy Mitchell, Jean Sablon, Dalida, Françoise Hardy, Richard Anthony, Demis Roussos, Daniel Guichard ou encore Alain Barrière, Serge Gainsbourg, Bernard Lavilliers, Tino Rossi, Jean Sablon, Sheila & Ringo. J’ai même eu droit à une version salsa (Frankie Veloz), disco (Grace Jones), lyrique (Andréa Boccelli) et rock  (Iggy Pop Eric Clapton).

Mon manuscrit signé Jacques Prévert est aujourd’hui au Musée des Lettres et des Manuscrits à Paris (consultable en ligne). Quant à mes droits, ils ont été cédés par la veuve de mon compositeur, Lily Kosma, à la ville de Nice, à la condition qu’une rue de la ville porte le nom de Joseph Kosma. Une petite rue du quartier des musiciens porte en effet son nom.

Les présentations étant faites, impossible de nous quitter sans revoir à nouveau Yves Montand m’offrir l’une de ses plus belles interprétations :

 

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